Deux mille ventouses, et chacune goûte ce qu'elle touche : ce poulpe mange avec les mains. Comment une ventouse tient, sans colle ni crochet ? On la démonte.
D'abord, la forme. Une ventouse, c'est deux chambres. En bas, l'entonnoir : un disque souple qui s'écrase sur la surface, tout esquiché, et fait le joint. En haut, une petite sphère creuse, l'acétabulum, remplie d'eau. Et tout autour, du muscle dans les trois sens : des fibres qui traversent la paroi, des fibres en cercle, et des fibres en long.
Comment elle tient ? Le poulpe plaque l'entonnoir, puis il contracte les fibres qui traversent la paroi. La paroi s'amincit, la chambre veut grandir. Mais l'eau enfermée dedans ne peut pas s'étirer. Alors la pression chute : la ventouse aspire. Sur un rocher, un gros poulpe peut tenir plusieurs kilos par ventouse, fan de chichourle. Et pour lâcher, il relâche le muscle : la pression remonte, et c'est fini.
Et ce n'est pas tout. Le bord de chaque ventouse est tapissé de capteurs : des récepteurs qui goûtent ce qu'ils touchent. Le poulpe tâte une crevette dans le noir, et son bras sait que c'est bon à manger avant même que le cerveau soit prévenu. Il goûte avec les mains.
Sources
Kier & Smith, Integrative and Comparative Biology 2002 (structure et mécanisme d'adhésion) ; Tramacere et al., PLoS ONE 2013 (anatomie de la ventouse d'Octopus vulgaris, CC BY) ; van Giesen et al., Cell 2020 (récepteurs chimiotactiles, « goûter par le toucher »).
Vidéo et photos : Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.