Huit cent soixante volts, et pas un seul fil : cette anguille télécommande les muscles de sa proie. Dans sa queue, une pile de six mille cellules. On la démonte.
D'abord, la cellule. Dans sa queue, des milliers de cellules plates, empilées comme des pièces de monnaie : les électrocytes. Chacune est un ancien muscle, qui ne se contracte plus. À la place, quand un nerf lui donne l'ordre, elle laisse entrer des ions sodium d'un seul côté. Et pendant deux millièmes de seconde, elle devient une petite pile : zéro virgule quinze volt. Dégun ne sentirait ça.
Mais empile-les. Des milliers, en série, comme les piles d'une lampe de poche : les tensions s'additionnent. Six mille cellules, six cents volts. Et comme elles reçoivent toutes l'ordre au même instant, la décharge sort d'un coup : un ampère, pendant deux millisecondes.
À quoi ça sert ? Pas seulement à assommer. L'anguille télécommande sa proie. Sa décharge imite le signal des nerfs, et les muscles du poisson se contractent malgré lui. Deux impulsions, et un poisson caché fait un sursaut qui le trahit. Une rafale, et il est paralysé. Oh fatche : pendant ce temps, l'anguille se sert de la même décharge comme d'un radar pour le localiser.
Sources
Catania, Science 2014 (télécommande des muscles de la proie) ; Catania, Nature Communications 2015 (décharge utilisée comme radar, vidéos CC BY) ; de Santana et al., Nature Communications 2019 (860 volts, nouvelle espèce).
Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.