Tu bois un litre d'eau. Une heure après, tu pisses. Mais ton sang, lui, doit garder exactement le même sel, au dixième de gramme près. Alors tu fabriques un filtre.

Tu prends une artère, tu l'éclates en une pelote de capillaires percés, et tu la plonges dans une capsule. La pression pousse l'eau et tout ce qui est petit à travers les trous. Ça s'appelle un glomérule.

Mais il laisse aussi passer le sel, le sucre, les vitamines : cent quatre-vingts litres par jour. À ce rythme, tu serais vide en une demi-heure. Alors tu branches derrière un long tube qui récupère tout ce qui est précieux, le sucre à cent pour cent. Ça s'appelle le tube proximal.

Mais pour concentrer l'urine, il te faut un endroit plus salé que ton sang. Alors tu plies le tube en épingle, et la branche qui remonte pompe le sel dehors. Au fond de l'épingle, c'est quatre fois plus salé que ton sang. Ça s'appelle l'anse de Henlé.

Mais l'eau à garder change tout le temps. Alors tu finis par un tube qui s'ouvre à l'eau sur ordre d'une hormone venue du cerveau. Ça s'appelle le tube collecteur. Le pastis bloque cette hormone. D'où les pipis du samedi soir.

Mais un seul filtre, c'est ridicule. Alors tu en mets un million, côte à côte, dans cent cinquante grammes. Ça s'appelle un néphron, et l'organe, un rein. Ajoute un réservoir de quatre cents millilitres et un robinet.

Félicitations, tu as construit un rein. Il filtre tout ton sang soixante fois par jour.

Ne remplace pas un avis médical.

Sources

Guyton & Hall, Textbook of Medical Physiology (filtration glomérulaire 180 L par jour, environ 1 million de néphrons par rein, osmolarité médullaire 1 200 mOsm/L soit 4 fois le plasma, réabsorption de 100 % du glucose et de 65 % de l'eau et du sodium dans le tube proximal) ; Nielsen et al., Physiological Reviews 2002 (aquaporines et vasopressine) ; Eisenhofer et al., 2003 et revues sur l'alcool et la vasopressine (l'éthanol inhibe la sécrétion de vasopressine).

Vidéos et photos : Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, CC BY 4.0, CC BY 2.0.